Ce petit bouquin né dans le désert est une fiction inspirée de faits réels, un carnet de route qui a semé l’heure pour s’en aller explorer un bout de Sahara, l’embrasser jusqu’à retourner sa carte postale. Il y est question du temps, du sens de l’existence, parfois englouti par le siècle, de silence, de tourisme, d’amour, de nomadisme vaincu.
Notes : Je suis partie seule dans le Sahara en 2018 et j'en suis tombée amoureuse. Des allers-retours se sont cumulés durant trois ans et ont changé le cours de ma vie. Là-bas, je vivais chez l'habitant. J'y ai rencontré des personnes semées sur les routes du temps, se sentant oubliées entre deux mondes.
La montre dans le sable est inspiré de leurs confidences. C'est un récit symbolique, mi-réel, mi-imaginaire, qui suit les étapes-clé d'une immersion. Moon et Louaï, les deux personnages principaux, prennent tour à tour la parole. Tous deux sont chargés des tourments de leur époque. L’un cherche à se lier au temps présent, l’autre à s'en extraire. Les petits passages du livre écrits en italique suggèrent une sorte de poème omniscient, qui contemple l'histoire de loin.
Le livre est disponible ou peut être commandé dans toutes les librairies. En voici le résumé et quelques extraits.
Chaque année, des milliers de voyageurs viennent dans le désert pour retrouver l’instant présent, le feu de bois, l’instinct nomade. Ils oublient leurs montres en un coucher de soleil, puis repartent vers leur futur. Qu’ont-ils traversé, vraiment ? Qui sont ces hôtes habillés en bleu qui ont remis les pendules à l’heure quand eux-mêmes n’ont aucun futur où « rentrer » ? C’est quoi, l’instant présent ? La montre dans le sable raconte une histoire engloutie, celle de Moon, celle de Louaï et sans doute de bien d’autres gens, disparus quelque part dans ce monde.
EXTRAIT 1 - Moon
Cette nuit-là, à l’abri des fausses lumières, je découvre un ciel tissé d’étoiles. Il fait jour en pleine nuit. Pourtant, quelques heures plus tôt, je ne voyais rien. Je marchais à tâtons comme si j’allais me cogner dans d’invisibles murs. Cette fois, je vois tout. Louaï, qui me ressert un thé et tente de respecter mon silence ; Mounir, l’humoriste de la caravane, qui surgit de nulle part en courant après avoir entendu un des chameaux hurler ; Louaï, qui le rejoint bientôt en courant à son tour ; et moi, qui les suis en glissant sur les fesses, derrière. Le chameau est en train de mourir. Il est malade depuis des mois. Mounir se couche près de lui. Louaï caresse la tête de la bête. Le temps passe, agité par les souffles saccadés et les grognements de l’animal. Cela dure longtemps. La souffrance semble toujours plus longue que la joie. Au loin, des murmures de tambours et de chants gnawas chahutent le silence. Le vent ramène des rires aux accents du monde entier. Deux autres guides rejoignent la scène en arrière-plan, à laquelle j’assiste, inutile. Tous portent une main sur le corps agonisant de l’animal. Tous accompagnent la bête dans son dernier voyage. Je surprends l’énergie d’une prière. Quand les voix de ces hommes reviennent au monde, celle de l’animal s’est tue. Louaï me prend par la main pour me ramener en haut de la dune. Il ne commente pas, me ressert un thé, puis me couvre les jambes avec une couverture de 10 kilos au moins. Il rit en lisant le poids de la surprise sur mon visage. « Berber couverturrr », précise-t-il. Il me demande si je repars le lendemain, ce à quoi j’acquiesce. Il ajoute « tu dois revenir ». Je hoche encore favorablement la tête. La nuit circule mais ne déplace plus rien, ni geste ni parole...
Nous sommes des grains de sable. Le temps existe encore parce que le ciel bouge. Les quelques voiles nuageux qui s’osent en ces lieux courent à une vitesse merveilleuse. Rien ne vient perturber leur trajet. Les constellations sacrent leur matière noire comme le feraient des milliards de diamants. La terre et le ciel se confondent. Il n’y a plus de sens établi. Le monde entier se retourne ou peut-être est-ce seulement le mien.
EXTRAIT 2 - Louaï
Ils arrivent par groupe de dix, vingt personnes ou plus, toutes nationalités confondues. Dès qu’ils descendent du bus, nous leur tendons des foulards et leur apprenons à les nouer sur leurs têtes. Puis nous les aidons à grimper sur les dromadaires. Ils s’amusent beaucoup, déguisés en « nous ». L’un d’eux m’a dit un jour, en anglais, qu’il aimerait devenir nomade et être un homme libre, « like you, Louaï », a-t-il précisé, perché sur l’animal, alors que je me brûlais les pieds dans le sable pour le mener au campement. Là, c’est moi qui ai trouvé ça drôle. Je me suis contenu d’éclater de rire. J’ai offert mon plus beau sourire orné d’un « choukran khouya* » (merci, mon frère) solennel, main posée sur le cœur. Puis je les ai installés, lui et sa femme, dans leur tente saharienne avec salle de bain privée, avant de repartir m’occuper des bêtes...
Kattalin Dalat
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