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Cœurs timbrés - biographie

L'enfance de Georgia, c'est un cerisier qui trônait devant la fenêtre de sa chambre, des aventures imaginaires dans le parc de sa résidence, des gâteaux au yaourt avec une fraise Tagada cachée dedans, des roudoudous qui passaient de bouche en bouche, un déracinement brutal, la découverte du chagrin, mais surtout, des lettres, des centaines de lettres envoyées durant vingt ans à ses trois amies d'enfances, à qui elle souhaitait dédier son livre.

Te rappelles-tu de nos lettres ? Nous venions de découvrir l’écriture que nous correspondions déjà, lorsque nous partions en vacances loin de la banlieue parisienne. Puis il y a eu le déménagement. Mon cœur est devenu cette fleur perce-neige plantée dans un sol estival. Malgré la douceur d’un nouveau soleil, votre absence me gelait. Plus rien ne poussait, en dehors des mots qui abondaient. Ces mots ont fleuri de nos 8 à nos vingt-cinq ans, nous liant à jamais, et les boites de chaussures s’entassent, remplies de nos lettres qui ne sauraient être jetées, même trente ans plus tard. Dessus, on y lit nos regards d’enfants puis d’adolescents, nos écritures d’abord grossières, tourmentées et enfin fluides. On y découvre de joyeuses taches, celles que laissait le parfum avec lequel nous aspergions le papier, pour nous envoyer de la présence. On y trouve aussi des cœurs qui prenaient la place d’une feuille entière (il y avait toujours 3, 4, 5 feuilles).


Puis il y a eu le réseau social, où nous nous sommes évidemment rejointes. Nous pensions que cela nous permettrait d’être plus en lien, au quotidien. Et nous avons découvert doucement un lieu où l’ignorance cause avec l’ignorance, se pavane décomplexée, dressant haut l’adage d’une liberté d’expression désormais nauséeuse. Nous avons découvert qu’une étiquette est indécollable sur le net. Que rien n’est privé, dès lors que tu inscris ton nom dans un lieu public. Alors nous avons su ce qu’était, d’avoir une vie publique. Et bien évidemment, ça ne convenait pas à nos existences saxifrages. Sous prétexte d’envoyer des nouvelles, des egos se sont mis à en donner chaque jour à eux-mêmes. De nouveaux mérites sont nés, loin du talent. Des médailles pour hologrammes ou rongeurs désincarnés. Oui. Mais présents. Présents sur la toile. Une réalité Web a vu le jour, créant de nouvelles perspectives, tuant au passage quelques heureux hasards du quotidien et les pas qui avaient tant erré avant de les rencontrer.

La vie ? Et puis quoi encore ? Tu rêves…


Te rappelles-tu de nos confidences ? Nous ne faisions pas de tri. Nous n’étions qu’un parmi toutes ces phrases. Nous n’avions pas peur de divulguer nos vies aux postiers qui transmettaient nos lettres. Nous n’avions pas idée que nos mots intimes pourraient être jugés, sous-estimés, surestimés. Parce qu’ils étaient intimes, justement. Les essences s’échangeaient sans combustion. Et même les erreurs se rattrapaient en silence.


Aujourd’hui, le temps s’est raccourci malgré une espérance de vie plus longue. La lettre, l’écriture, l’enveloppe, le timbre, la boite aux lettres, l’absence d’accusé de réception, la confiance, l’espoir, la promesse, ça ne rentre plus dans l’espace.



Aujourd’hui, nous sommes en contact partout, mais nous ne nous écrivons plus. Nous ne franchissons plus l’intime...

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