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Un Baobab sous la table - biographie

Cheikh m'a confié l'écriture de sa biographie que nous réalisons à quatre mains. De son enfance dans un petit village sénégalais en passant par son adolescence dans une communauté Baaye fall jusqu'à son arrivée en France, Cheikh livre un récit à la fois romanesque, historique, socio-politique et poétique. Sa démarche est celle d'un messager, érudit et conteur dans l'âme.

EXTRAIT 1


Parmi les plus doux souvenirs, il y a celui de Rama, ma grand-mère, qui accompagnait joyeusement sa marmaille chaque matin à l’école, telle une bergère et son troupeau de moutons. Moi, mes sœurs et mes cousins, étions tous scolarisés au même endroit. Une fois arrivés à l’école, Rama nous donnait à chacun une pièce pour la récréation, pièce dont la valeur variait selon l’âge de l’acquéreur et le succès du marché de la veille. Nous nous éparpillions ensuite dans la cour de l’école comme une poignée de riz sur du ciment. Là, les « grands » ne voulaient plus entendre parler des « petits ».


En fin de matinée, mes cousins et sœurs rentraient manger à la maison de Rama. Moi aussi, mais je devais en repartir aussitôt pour amener leur repas à ma mère et à mes tantes, au marché. J’endossais mon sac à dos et portais le plat, parfois plusieurs, sur ma tête. Ils étaient si chauds qu’ils me brulaient le cuir chevelu, tant et si bien que je fabriquais chaque jour une cale avec un vieux tee-shirt afin de le glisser entre les récipients et mon crâne. Dès que j’arrivais au marché, ma mère me servait un bol. Il ne fallait pas tarder car je reprenais l’école en même temps que les autres. Heureusement, je n’avais pas à ramener les plats chez Rama. Ma mère s’en chargeait le soir...


EXTRAIT 2


Tous les week-ends, j’allais à Bambey pour discuter avec un prêtre avec lequel j’avais sympathisé. Un samedi, il m’amena au presbytère, dans sa 4L. Il prit la clé de la bibliothèque, ouvrit la porte et prononça ces mots : « Prends tout ce que tu veux ». Il y avait des murs entiers de livres. J’en pris autant que mes bras pouvaient en porter. De retour au campement, je m’érigeais un micro matelas avec. Le lundi suivant, le prêtre arriva en camion et déposa des centaines de bouquins devant ma tente. Lit de livres. Table de livres. Poufs de livres. Je disposais les ouvrages que je voulais lire en premier de façon visible et faisais tourner les piles. Un rêve. Je vivais ainsi pendant deux ans …

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